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Le deuil d'une mère

Le deuil d'une mère
Le deuil d'une mère




La nuit était sombre. La lune était pourtant pleine, mais les nuages l'empêchaient de dispenser sa lumière. Un vent léger soufflait sur la maison. Il faisait craquer, suinter, presque pleurer les arbres du domaine. Tous les sons de la nuit semblaient murmures devant la maison. Elle semblait dominer tous ceux qui osaient s'en approcher. Etait-ce parce qu'elle était morte que la maison semblait déjà si sombre ?

Une bourrasque de vent secoua soudainement tous les arbres, mordant le brouillard qu'ils abritaient. La silhouette de Johan se dessina au pied de l'allée. La douleur le guidait. Le vent l'avait emporté. Certains arbres s'inclinèrent devant l'orphelin, tandis que d'autres auraient voulu l'empêcher d'entrer. Il avançait, vaporeux, ombre parmi les ombres. Il avait ressenti la mort de sa mère. Etait-ce elle qui avait voulu lui dire adieu ? Il avançait, incertain.

Il était près du vieux puit où il avait joué étant enfant. Tout se couvrait de brouillard. Il savait que si il se retournait, il verrait la maison de sa tante, mais il avança droit vers l'entrée. Il posa la main sur une des colonnes quand il arriva au porche d'entrée. Il ressentit le bois, les rires et les larmes d'autrefois. Une photographie avait été prise ici. Son frère, sa s½ur, une portée de chatons. Il serra un peu plus fort la poutre, ferma les yeux. La porte s'ouvrit. Il ne bougea pas. Grincements. Il ouvrit les yeux. Cette réalité l'appelait.

Les odeurs l'assaillirent dès qu'il entra. Pourquoi venir ? La question l'effleura. Il ne savait pas ce qu'il venait chercher. Il voyait cette petite entrée. Le miroir sur sa gauche. L'escalier à sa droite. Il monta. Chaque marche semblait plus difficile à franchir. Il s'arrêta. L'escalier donnait sur un petit couloir affligé de quatre portes. Par l'une d'elle, il voyait sa chambre d'autrefois. Il restait pétrifié. Il leva la main d'un geste lent. Quand elle fut tendue, les trois portes encore fermées s'ouvrirent dans un grand fracas. Il pouvait voir deux autres chambres. Il n'y avait plus de lit, dans aucune d'entre elle. Dans la plus grande des chambres, il restait une grande armoire, recouverte par un drap. Elle avait sans doute été trop lourde pour pouvoir être déplacée.

Il regarda à nouveau en direction de sa chambre, y entra. Une nuit, alors qu'il était enfant, il s'était réveillé en étant persuadé qu'il y avait quelqu'un dans la pièce. Il s'était enfouit sous les couvertures sans oser faire le moindre son ni tendre le bras pour allumer la lampe de chevet. Et tandis qu'il s'enfonçait sous les couvertures, il réalisa qu'il y avait quelque chose de lourd sur le lit. Etait-ce le chat ? Non, il ne pouvait pas le pousser. Il avait attendu longtemps avant de trouver le courage d'allumer sa lampe. Une fois la lumière allumée, il s'aperçut qu'il n'y avait rien de posé sur le lit, mais il ne ressentait plus le poids sur les couvertures... Pourquoi repenser à cela ? Il le savait maintenant. C'était cette nuit là qu'Eléar l'avait vu pour la première fois...

Il sortit, descendit les escaliers, suivit la petite entrée. Il arriva dans une pièce assez grande. Nulle lumière ne l'éclairait. Certains meubles étaient déjà recouverts de draps blancs : la petite table ronde menant près de la cuisine, les chaises en bois, maintenant entassées dans un coin. Il effleura la grande table en chêne tandis qu'il traversait la pièce. Puis il en découvrit une autre, plus grande. Les meubles avaient disparut. Il s'assit sur le rebord de la cheminée. Le vent sifflait en s'engouffrant à l'intérieur. Encore une fois il ferma les yeux. Tout son passé revenait en lui. Il se plia en deux, comme si son ventre était transpercé d'une lame invisible. Il s'agenouilla, puis posa les mains au sol. Une perle coulait le long de l'arrête de son nez, évita le coin de sa bouche pour rejoindre son menton. Mais tandis qu'elle s'apprêtait à tomber au sol, une immense rafale de vent s'engouffra dans la cheminée, déferla dans le salon, la recueillis. Le salon fut couvert de suie et de cendre. Le vent tournoya autour de Johan puis s'engouffra vers l'escalier. Johan le suivit. Il ne réfléchissait pas. Il savait qu'une partie de lui avait appelé ce nuage. Il courut, monta les escaliers. La suie s'arrêtait là. Il s'arrêta, silencieux. Il n'y avait plus rien. Il ne comprenait pas à quoi rimait tous cela. Il tomba à terre. Sa main contre les cendres se resserra. Et la folie s'empara de lui. Il jeta les cendres vers le plafond et hurla de toutes ses forces. Alors la trappe du grenier, qu'il n'avait pas remarqué, fut anéantit. La sciure, la poussière et les cendres pleuvaient sur Johan, qui regardait maintenant le plafond. Son regard n'avait plus rien d'humain. D'un bond, il se projeta à travers la trappe défoncée. Le plafond était très grand. De nombreux meubles étaient entreposés sur les cotés Mais devant lui, il retrouva son vent qui tourbillonnait autour d'une immense flaque sur le sol. Il s'approcha près à tout détruire. Il leva la main près à gifler ce vent et toute cette maison, ces meubles, quand il regarda cette flaque. Il s'arrêta, pétrifié. Son visage n'exprimait plus que la détresse et la douleur. Les larmes coulaient le long de son visage.

Il tomba au bord de cette flaque. Son regard si perdait. Le vent tomba. L'image d'une femme se dessinait, riante, pétillante.

-C'est toi ?

La femme se tourna vers Johan, le regarda, les yeux emplis d'amour, puis éclata d'un grand rire qui pouvait être sanglots. Elle tournoyait maintenant et semblait partir.

-Non revient ! Tu n'as pas le droit. Pas le droit de me faire ça. Pas maintenant. Je serai bientôt revenu ! TU N'AS PAS LE DROIT !

Les meubles autours de Johan furent projetés contre les murs. Il hurlait à présent :

-Connasse ! Comment oses-tu ? Pourquoi m'as-tu fais ça ? Pourquoi m'as-tu fais ainsi ? Salope ! M'entends-tu d'où tu te caches ? Tu as toujours su ce que j'étais et pourtant tu l'as ignoré ! Tu m'as ignoré. Tu n'as jamais essayé de me protéger. Tous ceux qui me détruisaient petit à petit, tu ne leurs a jamais fait face !

Il ne restait plus rien des meubles du grenier. Des plantes apparaissaient entre les débris, les recouvraient.

-Tu as contribué à ce que je devienne un monstre à mes propres yeux ! Tu as attendu que je tente de me tuer. Tu voulais faire de moi quelqu'un que je ne suis pas. Tu n'as jamais osé dire ce que tu pensais, et toujours j'ai lu le jugement dans ton regard. Chaque fois que je voulais dire qui j'étais, tu m'as fait taire. Tu niais ce que j'étais. Tu n'as même pas tenté de me sauver de moi-même.

Les plantes recouvraient maintenant entièrement le sol et atteignaient Johan. Quelques tiges commençaient même à s'enrouler autour de ses jambes.

-Tu n'as même pas essayé de me retrouver quand tu as vu qu'on se quittait, et pourtant tu m'étalais tes souffrances comme si c'était à moi de les éponger. Tu as laissé une famille détruite, comme si c'était à moi de la réparer. Tu m'as laissé des fantômes dont je ne voulais pas. Pourquoi ? POURQUOI ?

La flaque avait totalement disparue. Les plantes recouvraient tout le grenier et Johan n'avait de totalement libre plus que la tête. Les larmes coulaient le long de ses joues. Alors un être surgit des ombres. Tandis qu'il s'approchait, les lianes se desserraient et lui ouvraient un passage. Il portait un pantalon et une veste noire par-dessus un col roulé blanc. Il atteint Johan. Il s'accroupit, face à Johan, effleura sa joue, lui fit relevé la tête. Johan le regarda, les yeux emplis de larmes.

-Eléar ?

L'inconnu l'embrassa. Les plantes disparurent mais les larmes de Johan continuaient de couler. Ses bras se portèrent au cou d'Eléar. Leur baiser prit fin une fois toutes les plantes disparues. Eléar aida Johan à se lever.

-Viens mon ange. Le jour arrive. Partons.
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# Posté le dimanche 13 août 2006 09:19
Modifié le mardi 31 octobre 2006 08:21

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